By Tân Lâm Tú Vân

La crise syrienne, qui fait rage depuis des années, met en évidence les difficultés et obstacles auxquels font face les réfugiés et demandeurs d’asile.

Dans la région, des organisations locales se mobilisent afin de venir en aide aux réfugiés.

Petite-Nation sans frontières est un rassemblement de citoyens et citoyennes qui a entamé des démarches de parrainage privé afin d’accueillir deux familles à la Petite-Nation, Québec.

À Ottawa, Refugees Welcome Ottawa, un groupe d’éducation populaire, cherche à sensibiliser la population à la situation précaire des réfugiés et milite pour des changements à long terme des politiques d’immigration. La Carty House, maison de transition pour femmes réfugiées et demandeuses d’asile, apporte quant à elle du soutien à ces femmes une fois arrivées en sol canadien.

Le parrainage privé, un processus laborieux,…

Lorsque Petite-Nation sans frontières a décidé de parrainer une famille syrienne, le rassemblement s’est rapidement rendu compte que le simple fait de trouver qui parrainer serait ardu. « Parrainer comme groupe de deux à cinq personnes [comme le permet le gouvernement du Québec], c’est vraiment conçu ceux qui veulent parrainer des membres de leurs familles, et non pas pour un groupe comme le nôtre, qui n’a pas de lien préexistant avec des familles syriennes », explique Josée Madéia Cyr-Charlebois, porte-parole du groupe. En effet, aucune liste de réfugiés potentiels, en attente d’être jumelés avec une famille québécoise, ne lui était accessible.

Cette liste n’est disponible qu’aux organisations d’aide aux réfugiés ayant signé une entente avec le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion du Québec. Seules une dizaine d’organisations, dont Accueil Parrainage-Outaouais, auraient signé une telle entente. Ces organisations guident ceux qui veulent parrainer des réfugiés, en plus de désengorger le processus du Ministère en filtrant les propositions de parrainage et en identifiant celles qui sont sérieuses.

Mme Cyr-Charlebois affirme qu’« avoir le soutien d’Accueil Parrainage-Outaouais est d’une valeur inestimable. [Cela] nous permet de venir en aide à des réfugiés qui sont déjà identifiés et approuvés par le gouvernement du Québec ». Avant de leur avoir parlé, le succès du projet semblait très incertain, précise-t-elle.

coûteux, mais ô combien porteur d’espoir.

Suite à la promesse du gouvernement libéral de recevoir 25 000 réfugiés syriens d’ici la fin de 2015, Petite-Nation sans frontières peut espérer accueillir les familles parrainées sans avoir à attendre le délai habituel de près de cinq ans. Toutefois, le rassemblement ne pourra échapper au coût de la démarche par laquelle il se porte garant de ces familles pour les trois premières années après leur arrivée.

Pour le seul dépôt d’une demande de parrainage auprès du gouvernement, Petite-Nation sans frontières doit débourser 12 000$ pour une famille de quatre et 10 000$ pour accueillir un couple. Cela, sans compter les besoins, financiers et autres,  qu’auront ces familles à leur arrivée. L’aide du public est nécessaire. « On aimerait amasser 35 000$, mais idéalement ce serait plus près de 50 000$. Ces familles auront non seulement besoin d’aide pour subvenir à leurs besoins primaires, mais devront rebâtir leur vie, confie Mme Cyr-Charlebois. Elles ont tout perdu, et on veut qu’elles se sentent chez elles, confortables. »

À ce jour, Petite-Nation sans frontières a réuni, sous forme de dons et de prêts, les fonds nécessaires pour débuter la démarche de parrainage pour la famille de quatre. Pour Mme Cyr-Charlebois, « c’est surréel! Et fantastique. Surtout […] que les chances que ces familles arrivent avant la fin de l’année sont très bonnes. On a tous et toutes bien hâte de les savoir en sécurité et au chaud. »

S’engager autrement

Le parrainage est un engagement financier important qui n’est pas accessible à tous. Il y a toutefois d’autres façons de soutenir les réfugiés.

« Nous voulons faire notre part en rassemblant la population autour de cet enjeu afin d’en d’explorer les solutions et d’étudier comment nous pouvons travailler ensemble pour accueillir les réfugiés à Ottawa » explique Aditya Rao, étudiant en droit à l’Université d’Ottawa et membre de Refugees Welcome Ottawa.

Ce groupe d’éducation populaire organise une série d’événements à la fin novembre afin d’explorer différentes façons de soutenir et d’intégrer dans la communauté ottavienne ceux et celles qui y seront admis.

Pour le groupe, il est également important de mettre en lumière la dure réalité et les obstacles logistiques auxquels font face les personnes qui se voient obligées de quitter leur pays pour sauver leur peau sans savoir s’ils survivront au voyage. Et même une fois arrivés au Canada, les défis sont importants. Jacqueline Romero, de la Carty House, souligne qu’ils « ont besoin de logement à prix abordable, de nourriture, de soutien légal, d’accès aux traitements médicaux, de cours de langue ou de formation professionnelle ».

Tant pour Refugees Welcome Ottawa que pour la Carty House, il faut agir maintenant, tout en reconnaissant que la crise des réfugiées est bien plus large que celle des réfugiés syriens : elle est permanente, et les besoins sont criants. En effet, il y a près de 19,5 millions de réfugiés dans le monde à l’heure actuelle, et, explique Mme Romero, « le Canada reçoit des réfugiés d’autres pays, tels que l’Ouganda, le Nigéria, la Colombie, la République démocratique du Congo ou le Burundi. »

C’est pour cela que l’objectif global de Refugees Welcome Ottawa quant à la question des réfugiés est « de revendiquer une politique claire et fondée sur des principes humanitaires et des actions gouvernementales en rapport à leur réinstallation, en plus de soutenir la société civile qui cherche à intégrer les réfugiés qui arrivent. Nous voulons que la question des réfugiés à Ottawa reste au centre de l’attention » conclut M. Rao.

Pour plus d’informations sur et faire un don à Petite-Nation sans frontières, visitez www.petitenationsansfrontieres.ca

La version originale de cet article a d’abord été publiée dans les Sans-Culottes du Leveller Vol. 8 No. 3 (Nov/Dec 2015).